
On ne s’est nourris que de Deliveroo pendant 48h
« Besoin de temps, envie de glande »: si on avait dû résumer notre état d’esprit à l’approche de ce week-end de février (et qu’on faisait des remix de Stone et Charden) c’est à ça que ça aurait ressemblé. On rentrait du ski, on était crevés, le frigo était vide et on avait juste zéro envie de le remplir, encore moins de cuisiner.
On aurait pu survivre de pâtes au ketchup pendant 48h, mais par fainéantise par intérêt journalistique une idée a germé. Et si on passait le week-end à se faire livrer nos repas comme des rois? L’occasion pour Clem de manger exactement ce qu’il veut, pour Kath de découvrir enfin ce que ça faisait d’enchaîner les plats sains sans devoir préparer mille ingrédients, et pour tous les deux, d’investiguer: est-ce qu’à Liège aussi, on peut, comme aux États–Unis, manger ce qu’on veut à toute heure? Une seule manière de le découvrir: se servir de notre compte Deliveroo comme d’un outil et s’empiffrer enquêter.
Compromis? Me bricoler un chirashi maison en commandant un assortiment de sashimi et une portion de riz vinaigré chez Sushi Time. Curieusement, rien de tel que du poisson frais pour frétiller en lendemain de veille, et face à mon bol garni de thon et saumon exquis, j’en viens à me dire que je pourrais très vite m’habituer à ne plus lever le petit doigt en cuisine si ça veut dire avoir ma dose de poisson nippon livrée dès que je le désire. D’autant qu’à chaque bouchée, Omega 3 et iode oblige, je sens littéralement mon teint devenir plus éclatant.
C /
Impressionné par la réputation du célèbre snack – gargantuesque m’a un jour dit un proche – je reste toutefois raisonnable dans ma commande et opte pour ce qui me semble être un classique : deux viandes, sauce algérienne et sauce fromage, sans frites. 15 minutes plus tard, le tout m’est proprement livré dans un emballage en papier sulfurisé. Ca change de l’éternel aluminium des kebabs.
En attendant la sashimi de Kath, je décide de garder le tout au four à 100°.
C /
Fin de journée, me voilà de retour. Après un après-midi partagé entre digestion carabinée, retour à la vie cérébrée et déménagement d’objets en tout genre, je n’ai qu’une hâte : commander ma glace comme l’enfant de 31 ans que je suis. Sauf que voila, horreur, malheur, je ne retrouve pas l’établissement dans l’application.
Déçu, je me promets que j’aurai ma revanche. La vengeance est un plat qui se mange froid et celle-ci risque bien d’être glacée…
K / Tout qui partage sa vie et son quotidien avec un autre humain le sait: décider où et quoi manger s’apparente souvent à une danse complexe, où il faut négocier sur la pointe des pieds des obstacles tels que ses envies personnelles, celles de son partenaire sans oublier le budget, le tout, sans tourbillonner jusqu’à s’en couper l’appétit, voire pire, avoir la nausée.
Mais ça, c’était avant qu’on décide de se bunkériser pour un week-end et de ravaler notre dignité en se faisant livrer tous nos repas, même le petit-déjeuner alors qu’on avait plein de bananes et de kiwis pour des smoothies. Quel est l’intérêt d’une expérience pareille si ce n’est pas de commander chacun exactement ce que notre estomac désire sans se préoccuper de ce que l’autre a envie de manger?
C’est ainsi que je décide d’écouter mon coeur et de partir pour une option que je pourrais très franchement manger à tous les repas: du Pho. Soit, officiellement, une soupe de boeuf et de nouilles originaires de Hanoi, mais plus précisément, du paradis comestible, avec beaucoup de jus de citron vert et d’herbes fraîches. Au cas où vous vous poseriez la question, je vous réponds: c’est au Soleil du Vietnam qu’on trouve le meilleur de Liège. Sauf que visiblement, je suis maudite parce qu’ils ne sont pas disponibles sur Deliveroo.
Erreur de débutante: plutôt que de me rabattre sur une option déjà testée, je décide de donner sa chance à un nouveau restaurant, qui appelle en outre ce potage « soupe de boeuf spéciale ». Ce qui est finalement très honnête de leur part puisqu’en lieu et place d’un succulent Pho fumant je me retrouve face à un bouillon vaguement sucré où deux misérables tranches de boeuf se battent en duel et échouent toutes les deux misérablement à titiller mes papilles. Sachant que l’app bénéficie d’un « pourcentage de satisfaction » pour chaque resto et de commentaires d’utilisateurs, je ne peux que blâmer ma propre curiosité déplacée pour cet échec gustatif.
Pendant ce temps, Clem se régale en face de moi et j’en viens sérieusement à me demander si négocier ensemble le choix du restaurant ne m’évite pas exactement ce genre de déceptions la plupart du temps. J’y réfléchis tout en lui piquant allègrement des frites, ce qui serait probablement tout à fait toléré par mon chef macrobiotique vu que bon, ce n’est jamais qu’un peu de pomme de terre, et en plus, j’ai à peine touché à ma soupe.
C /
Fidèle à mon engagement initial, j’ai décidé de pousser mon expérience Deliveroo jusqu’au bout et le moins que l’on puisse dire, c’est que celle-ci n’aurait pas été complète sans passer par la case Magic Tom du Huggy’s Bar. C’est que sur le plan diététique, j’ai encore beaucoup à apprendre et ce burger me met méchamment à l’amende. Dans cette petite bombe (calorique), rien d’autre qu’une viande, une double ration de fromage, du bacon, des oignons rouges, des cornichons, une sauce au poivre et surtout, une croquette de fromage.
Histoire de ne pas reproduire les erreurs du passé, je prends sur le côté une frite, une sauce et une portion de nachos jalapeños et guacamole. Arrivé bien chaud, le tout a merveilleusement bien résisté au voyage et mon burger arrive même dans un petit écrin de carton labelisé THB. Pour sûr, la célèbre chaîne liégeoise n’en est pas à son coup d’essai. Le Magic Tom Burger est même le plat le plus commandé sur Deliveroo à Liège et c’est bien là la raison qui a dicté mon choix : voir ce qu’il avait dans le ventre.
K / Si je veux finir ce week-end avec 10 kilos en moins, 10 ans de moins dans le visage et 10 centimètres de jambes supplémentaires, il est grand temps que j’aille chez le psy je m’y mette sérieusement. Justement, le Pain Quotidien fait partie des restos repris, et depuis que j’ai lu une interview de Katie Holmes affirmant ne jurer que par les salades et les tartines de la chaîne belge, mon cerveau a intégré qu’il s’agissait là de la diète parfaite pour avoir le glow et la silhouette d’une célébrité.
Logique, puisque le menu comporte notamment une « salade de fruits frais au pollen de fleurs sauvages », que je m’empresse de commander parce que mon cerveau mal réveillé confond « pollen » et « gelée royale » et me bzzzzz à l’oreille que c’est un ingrédient précieux pour obtenir le meilleur de soi-même. Parce qu’on est dimanche tout de même, j’ajoute également une tartine saumon-avocat, officieusement pour éviter de mourir de faim et être ultra désagréable mais officiellement parce que « c’est bourré d’algues comme recettes, tu n’imagines même pas le coefficient anti-oxydant Chéri ». À 16 euros le brunch boissons non comprises, c’est surtout mon budget qui s’oxyde, mais ressembler à une version jeune de Gwyneth Paltrow en 48h seulement n’a pas de prix.
C /
Difficile de se lever du mauvais pied lorsque l’on sait que le dimanche va commencer en se faisant livrer le petit-déjeuner. Difficile aussi de trouver à y redire quand on sait que celui-ci sera préparé par le Pain Quotidien. Niveau valeur sûre, on a difficilement trouvé mieux que cette success story belge aujourd’hui devenue mondiale. Oui, l’addition y est souvent un brin salée, mais lorsqu’on ne regarde pas (trop) à la dépense, chacun finit toujours par y trouver son compte.
Sauf qu’à domicile, la pilule est difficile à avaler. Comme j’ai vraiment envie d’un grand café j’opte pour la formule petit déjeuner tout compris, ce qui m’évite de devoir me confronter à la triste réalité d’un croissant vendu à 3,5€ pièce, livraison non comprise (on savait François Coppé loin du compte lorsqu’il évaluait le prix d’un pain au chocolat entre 0,1€ et 0,15€ ; on saura désormais qu’il n’a jamais mis les pieds dans un PQ.
C / Comme dit l’adage « travail acharné vient à bout de tout ». A force d’insister, je finis par enfin passer ma commande chez Franchi G et je profite de l’heure du goûter pour me siroter un délicieux milkshake stracciatella. Comme celui-ci m’est livré à vélo, j’évite de trop m’interroger sur l’empreinte écologique de mon caprice.
K / L’estomac plus que satisfait par mon brunch deluxxe, je contemple d’un oeil narquois la commande de Clem. Ah ça, on commence la journée avec une overdose de sucré, et puis on s’étonne d’avoir faim 2 heures plus tard. Si je n’avais pas profité de notre récent séjour dans les montagnes pour faire le plein de crème de marrons, je lui ferais bien un laïus sur les méfaits du sucre raffiné pour la santé.
Au lieu de ça, je me drape dans ma satiété de fille futée qui met les bons ingrédients dans son corps pour bien commencer la journée, et je décide de pousser le vice jusqu’à ostensiblement me laisser poser un masque pendant que mon mec sirote son milk-shake. C’est donc ça, être une Parfaita? La satisfaction que j’en retire me laisse en bouche un goût incroyablement sweet.
K / Du moins, jusqu’à ce que je dérape fabuleusement 2h plus tard. Il est 16h30, je viens de m’enchaîner 3 épisodes de « Sex and the City » à la suite et, forte de ma nouvelle mentalité de fille saine, je me vois déjà pavaner avec les mêmes abdos que Carrie dans une semaine.
D’ailleurs, il est temps que je m’arrache au canap’ pour me faire une session de Nike Training sur mon téléphone, tout en m’interrogeant sur comment on vivait au juste avant l’invention des smartphones. J’en suis là à chipoter d’un air distrait sur mon écran, quand soudain, sans que je comprenne bien l’enchaînement, mon téléphone m’annonce que ma pizza Super Suprême a bien été commandée et devrait arriver d’ici 30 minutes max.
Au fond, Deliveroo, c’est un peu comme 24 Sèvres ou The Outnet, on (prenons l’exemple d’une journaliste blonde en fin de vingtaine dont le prénom commencerait par K. Karine. Ou Kelly) y va « juste pour voir » et puis on se retrouve avec une commande impulsive sur les bras et un vague mal de ventre. Lécher les vitrines, d’accord, mais il y en a certaines où il est impossible de s’empêcher de croquer.
Prévenante, l’app envoie une notification pour me prévenir que « mon livreur est Josiane ». Sauf que non, Deliveroo, merci d’essayer de m’épargner mais on sait tous les deux que mon livreur est « ma honte suprême et l’obésité morbide qui me guette », et ça ne s’écrit pas pareil.
K / Quatre heures, une sieste et un film Netflix plus tard, j’ai à peu près recouvré ma dignité, si l’on fait abstraction du fait que dans une volonté de purification, j’ai mis de la poudre « citron effervescent » dans mon bain et je dégage désormais une vague odeur de désodorisant pour toilettes.
L’avantage, de manger une demi-pizza (love means que l’autre laisse ses mains sur tes hanches et mange ta pizz’ avec toi pour éviter qu’elles ne s’épaississent) comme quatre heures (cinq heures, plutôt, mais à ce stade, qui compte?) c’est que ça cale. En réalité, sachant qu’il est 20h, que je n’ai absolument pas faim et que je compte aller me coucher sans tarder, j’oserais presque dire que ma Super Suprême était en réalité une excellente décision de régime puisque je n’ai plus rien manger depuis et que j’applique donc bien malgré moi une autre des règles des Parfaitas: pas de féculents passé 17h.
Jusqu’à ce que Clem mentionne qu’il compte finir le week-end en beauté avec une petit commande au Labien Thai, restaurant qui tient une place toute particulière dans nos coeurs puisque c’est là que je l’ai présenté à mes parents mais aussi et surtout parce que leur assortiment d’entrées est tout simplement inégalé.
Oui bon, si tu commandes là, peut-être que j’aimerais bien que tu prennes un assortiment. J’en prendrai juste une bouchée. Et commande moi juste peut-être un tom yam kung aussi. Le piment, ça brûle des calories.
Décidément, Deliveroo c’est comme le shopping en ligne: on s’est juré d’être sage, on a fait pénitence pour avoir exagéré, mais il suffit qu’un de nos proches nous parle de ses trouvailles pour qu’on craque. Si le pêché a le goût exotique et acidulé du tom yam kung du Labien Thai, et bien parfait.
C /
Au final, pour ce week-end livré, on en aura eu à deux pour un peu moins de 200 euros, soit ce qu’on aurait payés si on avait plutôt choisi de se faire un de ces restaurants où le service est assuré en livrée. Des regrets? Aucun: passer 48h à faire appel à des majordomes à vélo (oui, ok, des coursiers) nous a permis de replonger en enfance et de se prendre le temps d’un week-end pour Richie Rich, s’il avait été un duo d’adultes gourmands au lieu d’être un enfant aussi richissime que rachitique.
Petit bémol pour les emballages, plus difficiles à digérer que les calories ingurgitées: si certains restaurants jouent tout à fait le jeu, à l’image notamment du Huggy’s et de ses contenants biodégradables, tous n’ont visiblement pas reçu le mémo expliquant que le plastique, c’est pas fantastique…
Est-ce qu’on le refera? Peut-être pas pendant tout un week-end, mais en lendemain de veille, ou en période de fêtes, quand on est gavé et en même temps friands de grignotages, sans hésiter. Avoir à (presque) toute heure pizzas, sushis et autres délices au bout des doigts, à quelques pianotages sur le clavier et coups de pédales de distance, franchement, on n’arrête pas le progrès. Envie d’essayer?